Trois semaines, jour pour jour, après un rapport mettant l’Algérie et le Polisario «devant leurs responsabilités», l’ESISC (Centre européen pour le renseignement stratégique et la sécurité) revient à la charge. Le centre de Claude Moniquet vient de publier un nouveau rapport, dans une série d’études consacrées au terrorisme dans le monde, sur les éventuelles accointances entre le Front et la nébuleuse d’Al Qaïda, dans la région du Sahel. «Un état des lieux de ce qu’est devenu le Polisario, une présentation de l’évolution du terrorisme dans la région ainsi qu’une étude des indices illustrant les connexions entre le Front et l’AQMI, nous permettront d’évaluer dans quelle mesure la récente évolution du mouvement indépendantiste sahraoui avait participé au développement du terrorisme dans le Sahel», affirme le rapport publié le 21 mai, par le Centre fondé en 2002 et basé à Bruxelles.
Depuis 2005, estiment les auteurs du document, il faut noter «l’apparition de revendications indépendantistes émanant de jeunes Sahraouis non-membres du Polisario, agissant apparemment à titre individuel». Cela d’une part, d’autre part, «l’incapacité du mouvement indépendantiste sahraoui à séduire et à encadrer les jeunes générations augmente le risque de dérive de ces derniers vers la criminalité et le terrorisme islamiste». Une situation qui risque de s’accentuer après les derniers camouflets subis par le Front, notamment le niet catégorique opposé par le Conseil de sécurité à sa revendication d’intégrer le contrôle du respect des droits de l’Homme à la mission de la Minurso. Un échec qui a valu à la direction actuelle, notent les observateurs, de virulentes critiques notamment de la part de personnalités historiques de la trempe de Bachir Mustapha Sayed, le propre frère du fondateur du Front. «Une guerre sans merci oppose les deux leaders historiques du Polisario, par Khadija Hamdi, l’épouse algérienne de Mohamed Abdelaziz et ministre de la Culture de la Rasd interposés». Ce conflit entre les deux hommes et les performances diplomatiques contestées de la direction du Front ne cessent de faire des mécontents. Des sources qualifiées de «fiables» et proches du ministère des Affaires étrangères algérien, citées par le portail d’information, basé à Madrid, «Polisario Confidentiel» affirment que «plusieurs membres de la direction du front Polisario, dont deux ministres en exercice, seraient enclins à rejoindre le Maroc dans les semaines qui suivent, suite à un profond désaccord avec le Secrétaire général (Mohamed Abdelaziz), ainsi qu’avec l’épouse de ce dernier, Khadija Hamdi, en charge des activités culturelles du Front». Les mêmes sources assurent que «le mécontentement se serait cristallisé ces dernières semaines, avant de culminer suite à la résolution de l’ONU reconduisant le mandat de la Minurso pour un an». Une situation de crise que confirme le rapport de l’ESISC. «L’incapacité du Front Polisario à trouver une issue a considérablement affaibli le mouvement, intensifiant ainsi les dysfonctionnements déjà existants», notent les auteurs du document.
«Le Polisario a également souffert de l’enlisement du conflit qui a aggravé l’isolement et la rigidité de sa direction».
D’un point de vue politique, poursuit le rapport, «le Polisario a également souffert de l’enlisement du conflit qui a aggravé l’isolement et la rigidité de sa direction». Selon un rapport de l’Institut européen de recherche sur la coopération méditerranéenne et euro-arabe, «depuis la chute du mur de Berlin, les soutiens des pays amis et la motivation idéologique au sein des camps se sont affaiblis. La situation actuelle s’est fortement dégradée. Le mouvement est désormais gouverné par quelques personnes qui visent prioritairement leurs intérêts personnels dans la conclusion du conflit».
Ce qui fait dire aux auteurs de ce rapport que la légitimité de la direction du Front est très entamée. En conséquence : «Cette incapacité du mouvement indépendantiste sahraoui à séduire et à encadrer les jeunes générations augmente le risque de dérive de ces derniers vers la criminalité et le terrorisme islamiste». D’où ce nouveau signal d’alarme du Centre qui se fait écho, par ailleurs, d’une récente mise en garde signée, en mars dernier, par une cinquantaine de sénateur américains. Bref, en 21 pages que compte ce dernier rapport, l’ESISC estime que cette étude, a permis «de démontrer que les liens entre le délitement du Front Polisario et le développement du terrorisme au Sahel sont de plus en plus étroits et que l’effondrement du
Similitudes
L’IRA et le Polisario, une comparaison «intéressante»
Il est intéressant, estime l’ESISC, de comparer l’évolution du Front Polisario à celle d’un autre mouvement indépendantiste, européen, celui-ci : le mouvement républicain irlandais. L’organisation fut longtemps considérée comme étant le groupe terroriste nationaliste le plus virulent et dangereux d’Europe et celui bénéficiant du plus large soutien populaire. Mais quand il devint clair que la Grande-Bretagne ne cèderait jamais à la violence, un processus de négociation s’ouvrit alors entre les parties en conflit et celles-ci.
En quelques années, un accord de paix entraîna la fin des hostilités et le désarmement de l’IRA, qui renonçait à son objectif ; la sécession de l’Irlande du Nord d’avec le Royaume-Uni et son rattachement à la République d’Irlande.
Longtemps considérée comme un rassemblement de tueurs fanatiques et sans scrupules, l’IRA fut donc capable de faire preuve d’une maturité politique suffisante et d’assez de clairvoyance pour tourner le dos à la violence et devenir partie prenante du jeu politique irlandais à l’intérieur d’un territoire qui continuerait à être administré par la Couronne britannique.
taharabouelfarah
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